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Mon corps, mon choix

Dans mon article précédent, je vous disais déjà que j’ai toujours voulu avoir un enfant. À 15 ans, je m’imaginais enceinte, avec un joli ventre arrondi. Très vite, je me suis renseignée sur la psychologie de l’enfant, sur la parentalité, sur la puériculture, etc. J’étais une passionnée du sujet, je l’ai toujours été. Être mère a toujours été, pour moi, une évidence. Mais pas n’importe comment. Et encore moins n’importe quand.

Trop tôt.

J’avais 20 ans. J’étais folle amoureuse de ce garçon. On vivait ce genre de relation passionnée, qui nous faisait autant de bien que de mal. On avait l’impression d’être faits l’un pour l’autre. On pensait que ça durerait pour l’éternité. Et puis un jour, un accident est arrivé. Un simple oubli de pilule, et nos vies ont été chamboulées. Je suis tombée enceinte. Ce n’était pas prévu. Et c’était encore moins voulu.

On avait beau s’aimer très fort, il était pour nous hors de question d’avoir un enfant à ce stade de nos vies. Nous avons donc décidé de ne pas le garder. D’ailleurs, ce n’était pas vraiment une décision, c’était une évidence. Il n’était pas écrit que nous devions faire un enfant ensemble. Il n’était pas écrit que je devais réaliser ce rêve de maternité à 20 ans. Il n’était pas écrit que nous devions être liés pour la vie, tout simplement.

J’ai donc eu recours à une IVG. Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est que je ressens le besoin d’enfin laisser sortir ce sujet qui a longtemps était tabou, et ce malgré toutes mes convictions.

Chuuuuuut !

Lorsque j’ai décidé d’avoir recours à une IVG, on m’a clairement fait comprendre qu’il était préférable que je n’en parle pas, surtout dans mon cercle familial. Je ne sais pas trop pourquoi, finalement, puisque c’est un sujet qui n’a plus jamais été abordé par la suite. Pourtant, j’assume tellement cet acte. Et encore plus aujourd’hui, maintenant que je sais ce qu’implique d’être parent. Attention, ne vous méprenez pas. Je ne regrette absolument pas d’être maman aujourd’hui, bien au contraire. Ma fille a changé ma vie d’une façon incroyable au moment où j’ai décidé de l’avoir. En 2009, je n’étais tout simplement pas prête.

À 20 ans, on est invincible. À 20 ans, rien n’est impossible.

Mais surtout, à 20 ans, j’étais une étudiante un peu paumée, qui ne savait pas trop où elle allait. Comment mettre au monde un enfant et le guider dans une vie quand on n’est même pas capable de se guider soi-même ? Ce n’était pas ma vision de la maternité. Ce n’était pas la vie que je voulais. Ni pour moi. Ni pour mon amoureux de l’époque. Et encore moins pour un éventuel enfant qui n’avait rien demandé. Et plus le temps passe, moins j’ai envie de me taire sur cet épisode de ma vie. Parce que je trouve inadmissible qu’en 2019, ce droit à l’avortement, ce droit de disposer de son corps et de sa vie comme on l’entend soit encore et toujours remis en question. Qui sont ces gens qui se permettent de prendre des décisions à la place des principaux concernés ?

Heureusement pour moi, j’ai été suivie par un praticien qui n’a, à aucun moment, remis en question mon choix, tout comme ma famille ou mon cercle d’amis proches à qui j’ai pu en parler. Bien sûr, certains moments furent compliqués. Le résultat du test. L’annonce. L’annonce de la décision. La digestion de l’information. Mais à aucun moment, on a remis en question mon choix, et j’en remercie mille fois les personnes qui étaient présentes à ce moment-là. L’avortement est un choix, un droit même, qui ne devrait jamais être remis en question.

Pourtant, en 2019, des films anti-avortement sont soutenus par la Maison Blanche, des gynécologues menacent de faire des « grèves de l’avortement » pour se faire entendre, et de plus en plus de femmes risquent leur vie pour oser vouloir la mener comme elles l’entendent. Et continuer de me taire sur ce sujet particulier qui me tient tant à cœur, c’est un peu cautionner les paroles et les actes des personnes qui osent s’en prendre à la liberté des femmes de disposer de leur corps.

“N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.”

Simone de Beauvoir

Oui, j’ai eu recours à l’avortement. Oui, j’assume mon choix et ne le regrette absolument pas. Oui, être parent est un droit, mais est également et surtout un choix.

J’entends déjà les « pro-life » (quelle appellation affreuse) dire que j’ai détruit une vie, que ce n’est pas à moi de décider du droit de vivre d’une « personne » ou non. Je leur dirai tout simplement qu’en faisait ce choix, j’en ai surtout sauvé une. La mienne.

Si vous avez besoin que je vous le réexplique…

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Crédits photo : © Lexk Photo

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